" Partager la musique vivante, son exigence et sa beauté avec chacun, en tous lieux. "

Témoignages

Concert de Partage par Yura Lee, violoniste, altiste, et Vincent Planès, piano

Courriels reçus le lendemain Monsieur Nous venons vous transmettre tous nos remerciements de la part des résidents, (notamment ceux qui n’ont pas été bercés par ce style musical) des familles et du personnel, qui ont beaucoup apprécié le magnifique concert avec Yura Lee et Vincent Planès. Ils ont aussi été très intéressés par votre présentation des différentes œuvres. Nous avons pu constater une grande sérénité dans la salle lors du concert. Même aujourd’hui, les personnes nous confient qu’elles « se sentent encore imprégnées par la musique de ces virtuoses » MERCI BEAUCOUP. Au plaisir de vous accueillir à nouveau Cordialement I.C. et F.G. animatrices  Subject: concert Merci d’avoir organisé ce concert … J’ai vécu un moment magique … C.L.

 Monsieur, Les résidents de la Maison de Retraite de L’ ….., et moi tenions à vous remercier de nous avoir offert ces sublimes instants de musique.

Bonne journée. E.D. Animatrice à l’ ….

…D’un Bénévole de Pro Musicis

Un immense merci à Pro Musicis et à ceux qui l’ont créé. Car c’est un privilège de travailler à l’accomplissement d’une mission aussi belle et exigeante. Un privilège de s’engager pour une cause non matérielle dans une époque saturée de consommation pour certains, et à notre modeste niveau de contribuer à redonner du sens au quotidien. Un privilège de pouvoir se fonder sur les valeurs sûres, absolues que sont la beauté et l’exigence musicale au service de tous. Un privilège d’avoir des adhérents qui nous soutiennent pour autre chose que la simple consommation de spectacle musical, même si celui-ci est hors pair. Un privilège immense, un bonheur de voir surgir une lueur de joie dans l’œil d’un auditeur handicapé ou malade, et de rencontrer tant de personnes lumineuses chez les soignants et les bénévoles qui les accompagnent.

Un privilège de recevoir une leçon de dignité et de courage, lorsqu’un grabataire squelettique, arrivé couché en maison de soins palliatifs, exige soudain de s’asseoir, à l’immense surprise des soignants, « parce qu’on n’assiste pas couché à un concert », dit-il. Quelle leçon, quel homme.

Un privilège de travailler avec une équipe de bénévoles sur lesquels on peut compter alors qu’ils ont par ailleurs mille tâches professionnelles, bénévoles, et familiales, qu’ils donnent leur temps et bien souvent leurs moyens financiers personnels. Un privilège de pouvoir compter sur des personnes qui tiennent leur engagement, qui font ce qu’elles disent, fait si rare à notre époque.

Pour toutes ces raisons: pour Pro Musicis, c’est un devoir de continuer malgré les incertitudes actuelles, et peut-être à cause d’elles. En conclusion restons modestes: nous ne savons pas si notre action a autant d’effet que nous l’espérons sur les artistes et les publics de partage. Mais nous savons avec certitude qu’il n’y aurait aucune chance de quoi que ce soit si nous n’étions pas là. Et dédions aux publics du partage, aux bénévoles qui les assistent et à ceux de Pro Musicis cette citation de St Exupéry:

« Il n’y a pas de solutions aux problèmes, il n’y a que les forces de l’esprit. »

Témoignages : les concerts de Partage

Par nature, ces concerts sont réservés à leur public, mais quelques bénévoles de Pro Musicis aident à l’organisation, au transport des artistes et à la présentation du programme, qui se fait oralement, de manière à établir ce lien entre les interprètes, les oeuvres et le public, qui ne doivent faire qu’un. Il ne s’agit pas ici de consommation de spectacle, mais ce que cherche Pro Musicis, c’est une communion dans la beauté, un rituel d’espérance…

Ci-après, quelques-uns de ces écrits, et les témoignages des artistes Pro Musicis eux-mêmes.

– Un jour en Avignon, avril 2011 – Dans une institution pour enfants fortement handicapés – Fresnes en décembre, – Témoignage d’un bénévole de Pro Musicis – Maison Jeanne Garnier, janvier – Marseille, avril – Le Partage vu par Jane Peters, Prix International Pro Musicis  – Le partage vu par Ilton Wjuniski, Prix International Pro Musicis – Le Partage vu par Dana Ciocarlie, Prix International Pro Musicis 1996

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Témoignage: Les enfants et la musique classique. Un jour en Avignon, avril 2011.

  220 enfants accompagnés de leurs institutrices assistent à ce concert de Partage donné dans le vaste Auditorium du Vaucluse par le Duo violon et piano Lauréat Pro Musicis 2009, formé par Elsa Grether et Delphine Bardin. Ce Duo qui a enchanté la Salle Cortot se produit cet après-midi en Partage pour des enfants de 6 à 11 ans, dans un programme classique, mais qui va réserver quelques surprises aux auditeurs. Après Mozart et Beethoven, dont quelques mouvements de sonates sont offerts, voici l’instant de l’initiation à la musique.

Vrai ou faux? L’on nous a dit que les enfants de notre époque sont peu sensibles, voire réfractaires à la musique classique, eux qui n’apprécient, dit-on, que la musique dite « populaire », les chanteurs actuels, la « techno », etc. Mais le talent pédagogique et artistique des Lauréates Pro Musicis va créer, une fois encore, un petit miracle. C’est à ne pas y croire: voici des enfants qui par exemple, apprennent à distinguer le ton majeur du ton mineur, par les sentiments que chacun des tons suscite en eux, illustré bien sûr par des airs faciles.

Voici des enfants qui apprennent la différence entre thème et variations à partir du thème  » Sur le pont d’Avignon » créées spontanément par la pianiste. Des enfants qui se disputent pour répondre aux questions des musiciennes, qui vont poser toutes sortes de questions pertinentes sur les instruments, sur les pièces présentées, et qui ne se lassent pas d’écouter, eux dont l’on dit que leur capacité d’attention est très limitée. Des enfants qui vont chanter en chœur avec le Duo, décidément en verve, qui leur interprète la Marseillaise. Des enfants qui vont en redemander, au point que leurs institutrices seront obligées de mettre fin à la séance.

Et l’on prétend que le classique est mort…Mais il est plus vivant que jamais, pourvu qu’une pédagogie adaptée ouvre les oreilles des plus jeunes ! Pourquoi les plus jeunes sont-ils une priorité de Pro Musicis: parce que, si l’on ose dire, leur « disque dur » est intact, ils enregistrent tout ce qu’ils écoutent. Si l’on multiplie ces initiations – découverte, nul doute que pour certains la musique classique deviendra pour toujours leur étoile polaire, dans ce monde quelque peu déboussolé. Merci, beau Duo, merci surtout pour les enfants: un moment de grâce et de beauté de cette qualité, comme nous leur en souhaitons mille autres !

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 Témoignage sur un Concert de Partage.

Institution pour enfants fortement handicapés, quelque part dans Paris.

14 h. L’attention tout à coup tourne toutes les têtes vers le Duo Lauréat de Pro Musicis, au centre du cercle de chaises roulantes. Quarante regards suivent les mouvements de l’archet et l’envol des doigts sur le clavier. Mozart, Bach, Beethoven, Szymanovski, Debussy… Comme chaque fois se produit le miracle, une attention totale. Rien d’artificiel, de convenu comme parfois en public, c’est authentique, spontané, naturel. Une demi-seconde de silence après chaque morceau, silence qui est encore de la musique, puis les enfants applaudissent chaleureusement. Delphine a eu la merveilleuse idée de commencer avec les Variations sur l’air de  » Ah vous dirai-je maman » de Mozart – les enfants sont conquis, les adultes enchantés. Elsa poursuit avec un solo adagio de J.S. Bach – austère, recueilli, vibrant d’inspiration. Puis les duos se succèdent… les deux musiciennes montrent une musicalité et une humanité profondes, l’exécution technique est parfaite, l’émotion omniprésente. Nous sommes dans un lieu où la compassion en paroles est insultante, et où seule l’action, seul le don de la musique vivante ont un sens. Peut-être un peu d’espérance, quand l’espoir fait défaut.

 Nous avons organisé pour la 4ème fois avec les professeurs de musique, cette présentation musicale. Nous souhaitons, à ces enfants, offrir un monde musical différent de celui de leurs écouteurs électroniques. Et pour cela il faut venir et revenir, chaque fois avec de grands artistes classiques, et chaque fois avec un piano à queue que nous faisons venir pour l’occasion – en concert de Partage, Pro Musicis ne fait aucune concession à la qualité musicale, tout rabais serait méprisable.

Nous offrons à ces jeunes un monde qui peut-être en touchera certains, et quelques –uns nous sont déjà familiers qui posent des questions pertinentes, inattendues. Leur curiosité est immense: Elsa, souriante, se met à leur portée, montre son violon, le pose sur leurs genoux, serre la main de l’enfant sur l’archet et en sort quelques notes. Sourire ravi de l’enfant, file d’attente derrière elle pour en faire autant. Pendant ce temps, Delphine explique, montre, démontre pour les curieux du piano qui veulent tous essayer le clavier. Les deux musiciennes font preuve d’une royale simplicité, d’un talent pédagogique qui nous émerveille tous.

Dernière image: l’un des enfants, vif et intelligent, s’intéresse à la lecture de la musique. Il veut voir une partition. Delphine lui explique longuement comment l’on apprend à lire la musique. Puis soudain, elle lui fait cadeau de la partition de Mozart, celle qu’elle a joué au début du concert.  » Ah vous dirai-je maman ».. Il faut voir l’enfant repartir tout fier de la salle, de toute la vitesse de sa chaise roulante, serrant son précieux cadeau son cœur. Merci Delphine, merci Elsa !

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Témoignage: Concert de Partage à Fresnes, un dimanche de décembre

« Dehors, voici toujours le ciel, couleur de fer, Voici les vents, les saints, les morts, Et la procession profonde Des arbres fous et des branchages tords… » (E. Verhaeren)

Il est quinze heures, le jour sale « pèse comme un couvercle » sur Fresnes, ce dimanche gris de décembre. Avec le Père Merlet et les 2 artistes américains, nous y arrivons en retard à la maison d’arrêt.

Première barrière: contrôle d’identité. Puis poterne blindée du poste de garde– ils ont été attaqués au lance-roquettes il n’y pas si longtemps, nous dit-on. Seconde barrière, policiers souriants, couloir étroit, portique où nous devons laisser portables et tout objet métallique. Tout est fouillé, c’est la règle.

Accueil du directeur. Nouvelle porte blindée, gardes, puis d’interminables couloirs. Nous croisons un groupe de détenus, en file le long du mur, fuyant nos regards qui les fuient. Planchers usés, huilés, murs nus. Tous les trente mètres, une grille barre le passage, avec ouverture électrique par le garde claquemuré dans sa guérite au verre blindé.

Il faut plusieurs minutes pour gagner le lieu du concert, l’ancienne chapelle, sorte de hangar immense, plâtreux et froid, baies hautes, étroites, grillagées à double, nef en berceau très élevée. Gradins de ciment plaqués de bois, sans aucun autre siège. Tout en bas, la scène nue, où le piano à queue apporté à grand peine semble un catafalque perdu dans ce désert. Ampoules pendues très haut sous la voûte grisâtre, lumière tristounette de décembre, prisonnière.

Les détenus sont déjà là, silencieux. Gardiens debout tous les dix mètres au long des murs. La violoniste sort son instrument, le pianiste se trouve enfin une chaise. Le père Merlet et le directeur de la prison s’installent sur les gradins, au-dessus du public. Mon rôle consiste à présenter les artistes et le programme: assis en rangs d’oignon, les détenus, tous condamnés à de longues peines, nous a t-on dit. Le silence est glacial, comme la salle. Contrairement aux concerts qui bruissent de murmures, de mouvements avant le spectacle, voici 250 hommes figés dans une immobilité de pierre, le regard planté sur la scène où s’accordent les musiciens. Même les gardiens sont muets.

Elle, Carmit Zori, est une violoniste israélienne. Lui, Gilbert Kalish est un grand pianiste américain, excellent accompagnateur, professeur à Boston. Tous deux primés par notre jury international de Paris et New York, lauréats du Prix International Pro Musicis

Au programme: J.M. Leclair, Beethoven, Schuman, sonates pour violon et piano. Comment les présenter à cet auditoire si particulier, au risque de l’ennuyer ? Mais ils écoutent. Peut-être parce qu’ils n’ont rien d’autre à faire. Parce qu’il n’y a pas de match à la télé. Ou parce qu’on leur a annoncé une femme artiste. Mais je vois aussi plusieurs visages qui réagissent, qui approuvent vigoureusement certains commentaires sur la vie de Schuman – oui, nous sommes à Fresnes.

Puis le miracle musical a lieu. Il y a ici une densité de silence, un poids d’attention jamais rencontré, dans aucun auditoire. Pas un mouvement, pas même ces raclements de gorge si pénibles ailleurs. Les notes volent vers le plafond délabré, emportent quelques imaginations vers l’ailleurs – malgré ma répugnance pour les émotions faciles, je saisis du coin de l’œil un ou deux regards qui brillent. Je n’ai pas de compassion mal placée pour des détenus moins à plaindre que les I.M.C.du dernier concert. Mais je sais que l’on ne choisit pas toujours son destin. Et il passe ici comme une grâce universelle, une sorte de sourde espérance – est-ce mon imagination ?

Au dernier morceau, l’assistance se lève, applaudit debout, longuement.. Bis. Ovation. Puis on se rassied, le temps est immobile, ici. Quel contraste avec la précipitation pathétique – vers quelle urgence dérisoire? – de certains spectateurs des concerts publics, qui s’enfuient dès la dernière note !

A ce moment l’un des détenus, lève la main vers les gardiens qui acquiescent. Il s’approche de la scène. C’est un Africain âgé, longiligne dans son manteau élimé: « Je voudrais parler avec les artistes », dit-il. Je m’apprête à traduire, mais le voici qui s’adresse à eux en parfait anglais. Il est sénégalais, dit-il. Il est – il était – saxophoniste et pianiste de jazz, mais il aime le classique. Et voici ce détenu de longue durée qui parle interprétation avec la jeune soliste du Philharmonique de New York et le célèbre Professeur aux 200 disques. « Faut-il vraiment jouer « piano » tel ou tel passage, faut-il accepter de changer l’interprétation selon les modes?, etc. »

L’auditoire est de pierre, plus silencieux que jamais, médusé semble-t-il par cet Africain modeste qui s’exprime si parfaitement en anglais. Il nous dit que dans sa maison d’arrêt précédente, il pouvait organiser des cours de musique pour ses co-détenus. Mais désormais, avec les réductions d’horaires hebdomadaires, il n’y a plus de gardiens disponibles pour surveiller les cours… Fin de l’histoire.

Il est 17 heures. La nuit est tombée sur Fresnes, ce dimanche de décembre.

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  Témoignage sur le Partage

« Et même si la vieillesse devient un handicap, s’accompagne de souffrances physiques ou psychiques, il existe des remèdes plus efficaces pour atteindre son cœur ou ses sens que des jeux infantiles : Pro Musicis aide non seulement les artistes talentueux à donner des récitals professionnels mais offre ensuite « en partage » les mêmes récitals aux exclus de la société.

Les pensionnaires de l’hôpital Fourestier de Nanterre que nous avons pu observer lors d’un concert étaient certainement plus atteints à tous les niveaux que les hôtes des maisons de retraite dont je viens de parler et pourtant on pouvait lire dans leurs yeux un enchantement, une extase même qui en disaient long sur l’influence bénéfique du chant et de la musique en général sur tout être humain sans considération d’âge ou de milieu social. »

Extrait de « Je suis une octogénaire » par Lise Wilar

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Le Partage vu par Jane Peters, violon, Lauréate Pro Musicis 1994

« Faire partie de la famille Pro Musicis me permet de vivre professionnellement les valeurs que mon professeur Lyndall Hendrickson m’a apprises en Australie. Me sentir liée à tous les êtres vivants grâce à la musique. En associant concerts publics prestigieux et concerts de partage, le Père Merlet nous inspire, nous oblige à aller chercher le meilleur au fond de nous-mêmes. Et il n’y a pas mieux que les concerts de partage, où nous allons vers les auditeurs qui ne peuvent venir à nous: cela met si bien en évidence que nous sommes au service de la musique.

Ce que j’aime particulièrement jouer dans les concerts de partage ? Je me sens bien dans les oeuvres pour violon seul de J.S. Bach, qui procèdent d’un équilibre parfait entre réalité et spiritualité. Et même si l’on est toujours gratifié de passer le test des critiques les plus durs, il n’y a rien qui puisse se comparer avec le plaisir de voir se transformer en détente ou espoir le visage d’un public du partage, et recevoir ses sincères remerciements qui nous apprennent à aller vers l’essentiel. » _________________________________________________________________

Le Partage par Ilton Wjuniski, clavecin et pianoforte, Lauréat Pro Musicis 1985

« Le public des concerts de partage ? Il est toujours, quel qu’il soit, extraordinairement attentif, réceptif. Qu’est-ce que je préfère interpréter pour eux ? Mais, tout ! Je trouve ce public plus ouvert encore que bien d’autres publics, et très réceptif à des compositeurs difficiles, baroques ou modernes.

Pourquoi je partage l’idéal Pro Musicis ? Parce que j’ai la conviction que la musique a une portée, un devoir beaucoup plus large que le circuit commercial. La musique a une fonction essentielle, vitale, qui dépasse de loin le seul aspect consolateur. Et loin du raffinement pour une élite, elle est une nécessité première pour tous – et comme je souhaiterais qu’elle touche de plus en plus de jeunes ! J’aimerais bien moi-même, si j’en ai le temps, aller convaincre vos partenaires possibles, vous accompagner pour leur parler, leur démontrer l’importance immense de ce que fait Pro Musicis ! » _____________________________________________________________________

Pro Musicis et le Partage vus par Dana Ciocarlie, piano, Lauréate Pro Musicis 1996

« Le Prix International Pro Musicis a été triplement important dans ma carrière de musicienne et dans ma vie d’artiste. D’abord les concerts publics m’ont ouvert les portes des Etats-Unis et de l’Asie, ce qu’aucun autre concours n’avait fait pour moi auparavant. Et puis l’inspiration du Père Merlet m’a permis d’élargir ma famille musicale – je pense à Jane Peters, Clara Novakova, Helena Winkelman, Ilton Wjuniski – et de trouver ma merveilleuse amie et partenaire la violoniste Irina Muresanu. Mais surtout l’expérience des concerts de partage m’a amenée à prendre conscience de ma véritable mission d’artiste, d’aller en toute simplicité vers les autres, où qu’il soient, pour parler avec eux la langue la plus universelle, la plus directe et la plus fragile: la musique – pour les transporter dans une dimension qui n’a pas grand’chose à voir avec l’enveloppe corporelle, la dimension de l’émotion à l’état pur.  » ___________________________________________________________________

Concert de partage, Maison Médicale Jeanne Garnier

Témoignage d’Anne Kerrand, responsable des bénévoles de la maison Jeanne Garnier

Quelle joie d’accueillir Jane Peters avec Pro Musicis à la Maison Médicale Jeanne Garnier, maison de soins palliatifs à Paris 15e. Dans cette maison où nous essayons d’accompagner la vie jusqu’au bout, ce récital fut une merveilleuse expérience pour tous. Je me risque à la raconter : Et voici qu’un espace de concert s’improvise : au sein même d’un des services, en face du bureau des médecins, dans ce « coin des familles » très accueillant avec ses bancs en bois, tout près des chambres de malades : les portes pourront être ouvertes et les malades entendront.

Et voici que le public, si particulier, prend place : des personnes atteintes de maladies graves à un stade avancé ou terminal arrivent en fauteuil ou en lit conduites par des bénévoles, des soignants : infirmières, aides soignants, personnel de ménage et aussi des familles : cette femme si attentionnée pour son époux, ce petit garçon qui mange des bonbons, ces proches qui passent… Et voici que montent les premières phrases mélodiques : Jane Peters commence une véritable danse avec son violon et nous enchante par la beauté de son récital. L’émotion se lit sur les visages. Des yeux se ferment comme pour mieux se concentrer sur ce que les oreilles entendent, des visages se détendent, des sourires s’esquissent. Malgré la fatigue des corps, c’est émouvant de voir les malades sortir les mains des draps, parfois difficilement, pour applaudir. Jane se livre complètement dans l’expression de son art et avec une attention si délicate à son public, elle offre le meilleur d’elle même. Vie offerte par sa manière d’être et de jouer : beauté indicible de la musique qui semble apaiser souffrances et angoisses, qui invite à recevoir sa vie et à la vivre jusqu’au bout.

Nous avions décidé qu’il y aurait une deuxième partie dans un autre service à l’étage du dessus : des malades nous attendaient. Surprise des bénévoles : les malades demandent à suivre et à rejoindre le 2e espace de concert improvisé ! Et la valse des lits commence. Jane Peters nous entraîne alors dans le Caprice N° 24 de Niccolo Paganini. C’est superbe ! Des soignants passent, un médecin s’arrête quelques minutes, des familles s’approchent : rien ne semble gêner l’artiste, pas même les sanglots d’une femme qui sort d’une chambre entourée des siens. Mystère de la souffrance, de la violence de la réalité de la mort semble se mêler avec la douceur et la beauté de ce qui est donné à ce moment. Je suis touchée par la simplicité des échanges qui s’ensuivent entre la concertiste et les malades venus l’écouter.

Et voici deux témoignages reçus : – d’une soignante : « Il faudrait des concerts comme cela bien plus souvent. Tu vois ce monsieur refusait de se lever depuis plusieurs jours. C’est lui qui a demandé d’être mis au fauteuil pour venir voir et écouter ce concert. Tu as vu son visage : c’est incroyable ! » – d’une femme malade qui n’a pas voulu sortir de sa chambre et se montrer, mais qui dit avoir tout entendu – sa porte était ouverte – : « Vous savez, j’ai été professeur de piano dans un conservatoire pendant des années et des années. Hier, j’ai entendu le concert de violon. C’était de la vraie, de la grande musique, je peux vous l’assurer »…et ses yeux pétillaient de joie ! Soulager, apaiser, donner, partager et accompagner la vie jusqu’au bout : voilà ce que ce récital a offert le temps d’un adagio ou d’une andante de Bach : voilà ce que nous essayons de vivre auprès des malades en fin de vie. Sincère merci à Jane Peters et à Pro Musicis qui a eu l’initiative de ce concert !____________________________________________________________________

Témoignage

Marseille. Concert de Partage Pro Musicis

« Une personne âgée qui s’éteint, c’est une bibliothèque qui brûle « 

Concert de partage: un baryton accompagné au piano. Maison de retraite, public très âgé, féminin essentiellement. Attention forte, comme d’habitude. Au milieu de l’assistance, nous remarquons une dame visiblement très âgée, qui, tête baissée, tapote en rythme sur ses genoux en écoutant les chants. Ses doigts sont tout repliés, tordus, comme recroquevillés; touchants. A la fin du concert, personne ne se lève. Personne ne semble pressé. Personne n’a envie de partir. Pour aller où, d’aileurs ? Mais voici notre « vieille » qui se lève, demande à essayer le piano. On sourit avec bienveillance: c’est vrai qu’un instrument de cette qualité, elle ne doit pas en voir souvent. Mais voilà, la pianiste « amateur » attire vite l’attention: elle joue très bien. Tout à coup elle s’adresse au chanteur: « Allez-y, lancez-vous, chantez un air, je vous accompagne. » On sourit encore. Surpris puis séduit le baryton se lance – et la voici qui l’accompagne parfaitement !

Enchantement de tous ! – oui elle était pianiste, elle a accompagné bien des chanteurs, elle sait par cœur bien des airs. Émerveillement, une fois encore. Merci madame inconnue, reine d’un concert unique au monde, nous ne vous oublierons jamais.  » Nous sommes, nous serons tous demain d’anciens accompagnateurs de chanteurs – ….mais que faisons-nous pour empêcher que les bibliothèques ne brûlent ? » ____________________________________________________________

 Pro Musicis, La musique pour chacun de nous